S’entraîner plus, vraiment ?
L’effort commence rarement au moment où le corps ne peut plus. Il commence bien avant, lorsque cela devient moins confortable.
Le souffle s’accélère, les muscles travaillent davantage, l’envie de ralentir apparaît. Cet inconfort est une information : il nous indique que l’effort augmente. Mais il ne nous dit pas, à lui seul, ce que nous devons faire.
C’est souvent à cet instant que notre rapport à l’effort commence à se révéler.
Certains cherchent rapidement à retrouver du confort. D’autres considèrent qu’une séance n’est réussie que s’ils ont beaucoup transpiré, souffert ou terminé épuisés.
Entre ces deux tendances existe une zone d’ajustement. Celle où nous sommes capables de percevoir ce qui se passe, de prendre en compte les signaux de notre corps et notre état, physique, émotionnel et mental, pour réguler notre effort.
TOUS LES EFFORTS NE SE VALENT PAS
La qualité d’un entraînement ne dépend pas seulement de l’effort fourni. Deux autres questions méritent d’être posées : l’intensité était-elle adaptée ? Et dans quel état avons-nous réalisé cet effort ?
Plus intense ne signigie pas plus efficace
Dans le sport, nous associons facilement effort et mérite.
Plus j’en fais, plus je progresse. Plus c’est difficile, plus c’est efficace. Si j’en garde sous le pied, je n’ai peut-être pas assez travaillé.
Pourtant, une séance facile peut être parfaitement adaptée. Une séance intense aussi. Tout dépend de l’objectif, du niveau de préparation et de l’état de forme.
Courir plus vite que prévu lors d’une séance d’endurance ne rend pas nécessairement la séance meilleure. Ajouter systématiquement de l’intensité peut même nous éloigner de ce que nous cherchions à entraîner.
L’intensité n’est donc pas une mesure de la qualité de l’entraînement. Elle doit être adaptée à son objectif.
L’effort n’exige pas de tout crisper
Mais une intensité adaptée ne suffit pas.
Un coureur peut solliciter fortement ses jambes tout en crispant inutilement ses épaules, ses mains ou sa mâchoire. Et cela ne concerne pas uniquement les efforts intenses : on peut marcher, pédaler tranquillement ou s’étirer tout en restant crispé. Un entraînement « doux » ne signifie donc pas nécessairement un entraînement réalisé sans crispations.
Les objets que nous utilisons pendant l’entraînement peuvent également contribuer à créer des tensions inutiles. Tenir un téléphone ou une gourde à la main en courant modifie la gestuelle. Consulter régulièrement sa montre ou recevoir en continu des informations sur son allure, sa fréquence cardiaque ou ses performances détourne notre attention de nos sensations.
Si nous ne percevons pas ces tensions, nous risquons de les reproduire séance après séance. À force de répétition, certaines crispations deviennent des automatismes corporels.
S’entraîner, c’est aussi apprendre à repérer ce qui crée des tensions inutiles ou détourne notre attention de nos sensations.
Être attentif à ses sensations corporelles permet de repérer les tensions inutiles, de relâcher ce qui peut l’être et de conserver l’engagement nécessaire à l’action.
Le corps a besoin d’être sollicité pour s’adapter et progresser. L’inconfort fait partie de l’effort.
La question est de comprendre les signaux corporels qui l’accompagnent.
S’OBSERVER POUR MIEUX RÉGULER
Imaginez que vous aviez prévu de courir tranquillement. Un autre coureur vous dépasse. Sans vraiment y réfléchir, vous accélérez et augmentez l’effort que vous étiez en train de fournir.
Rien dans l’objectif de votre séance ne nécessitait cet effort supplémentaire. C’est le fait d’être dépassé qui l’a déclenché : envie de suivre, esprit de compétition, besoin de se comparer ou simple automatisme.
À l’inverse, lors d’une séance exigeante, votre souffle s’accélère, vos muscles commencent à brûler. Vous pourriez poursuivre le niveau d’effort prévu, mais les premières sensations d’inconfort vous conduisent immédiatement à ralentir.
Dans les deux situations, l’effort que nous fournissons n’est plus seulement déterminé par l’objectif de la séance.
Dans la première, nous l’augmentons sous l’effet d’un élément extérieur.
Dans la seconde, nous le réduisons en réaction à l’inconfort.
C’est précisément ce qui mérite d’être observé : ce qui nous conduit spontanément à modifier notre effort.
Cherchons-nous à en faire davantage, même lorsque ce n’est pas nécessaire ? À ralentir dès que l’inconfort apparaît ? À poursuivre coûte que coûte alors qu’il faudrait peut-être adapter notre effort ?
L’inconfort fait partie des informations que nous transmet notre corps.
C’est un signal à interpréter, pas une consigne à suivre.
Il peut correspondre à l’intensité normale d’un effort qu’il est possible de poursuivre. D’autres sensations peuvent au contraire nous indiquer qu’il est préférable de ralentir ou de nous arrêter.
Avec l’expérience, nous apprenons à mieux faire cette distinction.
La performance durable repose aussi sur cette capacité à observer et à être à l’écoute de ses sensations corporelles pour adapter son engagement lorsque c’est nécessaire.
Lors de votre prochaine séance, observez ce qui vous conduit à modifier votre effort. Est-ce l’objectif que vous vous êtes fixé ? Les sensations de votre corps ? L’inconfort ? Le comportement des autres ? L’envie d’en faire davantage ?
Ces réactions ne s’arrêtent pas nécessairement aux portes du terrain ou de la salle de sport. Nous pouvons retrouver les mêmes tendances dans notre quotidien : en faire toujours plus, confondre intensité et efficacité, nous crisper face à la difficulté, renoncer trop vite ou, au contraire, savoir ajuster notre engagement à ce que la situation exige.
Prochain article : Allô, mon corps ?
Juliane Leclair, Coach Sport Metazen®
la Signature corporelle de Stratégie de la Réussite®
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