Nous faisons du sport avec notre corps. Cela ne signifie pas, pour autant, que nous sommes attentifs à ce qui s’y passe.
Nous pouvons courir en pensant à notre journée, pédaler en écoutant un podcast, enchaîner des exercices en suivant un programme ou marcher en regardant notre téléphone. Nous pouvons également consulter régulièrement notre montre connectée pour connaître notre allure, notre fréquence cardiaque ou les calories dépensées.
Notre attention est ainsi mobilisée par ce que nous pensons, écoutons, regardons ou cherchons à mesurer.
Pendant ce temps, que ressentons-nous réellement ? Notre respiration s’est-elle modifiée ? Une tension est-elle apparue dans nos épaules ? Nos mouvements sont-ils toujours aussi fluides ? Notre niveau d’énergie a-t-il changé ?
Que signifie ressentir son corps ?
Ressentir son corps ne consiste pas uniquement à remarquer une douleur lorsqu’elle apparaît.
À chaque instant, il nous transmet de nombreuses informations : respiration, rythme cardiaque, tensions musculaires, température, fatigue, énergie…
La perception des signaux provenant de l’intérieur du corps porte un nom : l’interoception. Elle participe à la perception de notre état physiologique et de ses changements. À cela s’ajoutent les informations qui nous renseignent sur la position et les mouvements de notre corps : nos appuis, notre équilibre, la position de nos membres ou encore la fluidité de nos gestes.
Certaines sensations sont évidentes. D’autres beaucoup moins.
Avant même d’être essoufflé, par exemple, le rythme et l’amplitude de notre respiration se modifient. De la même manière, une crispation peut apparaître dans les épaules ou la mâchoire bien avant de devenir gênante.
Plus nous sommes attentifs à ces variations, plus nous apprenons à reconnaître la manière dont notre corps réagit à un effort, à une situation.
Ressentir son corps, c’est savoir percevoir les informations qu’il nous transmet pendant l’effort.
Ce qui capte notre attention éloigne des sensations
Pour percevoir une sensation, encore faut-il que notre attention soit disponible. Or, pendant une activité sportive, elle peut être mobilisée ailleurs : la musique dans les écouteurs, une conversation, les notifications, les données d’une montre, l’objectif à atteindre, la comparaison avec les autres ou simplement nos propres pensées.
Nous pouvons alors terminer une séance en sachant combien de kilomètres nous avons parcourus ou à quelle allure, mais en étant beaucoup moins capables de dire comment nous avons vécu cet effort.
Les recherches sur l’attention pendant l’exercice montrent que l’endroit où nous dirigeons notre attention influence notre perception de l’effort. Porter son attention sur les sensations corporelles ou, au contraire, la détourner vers des éléments extérieurs ne produit pas la même expérience de l’effort.
Se concentrer sur sa respiration, ses tensions musculaires ou la fatigue ressentie nous maintient davantage en contact avec les sensations liées à l’effort.
À l’inverse, écouter de la musique, regarder le paysage ou laisser son esprit vagabonder peut détourner une partie de notre attention de ces sensations.
Les objets connectés ajoutent une autre forme de sollicitation. Les informations qu’ils fournissent peuvent être utiles, mais consulter régulièrement son allure ou sa fréquence cardiaque peut aussi nous conduire à chercher sur un écran une information que nous pourrions apprendre à percevoir directement.
La donnée peut compléter le ressenti. Elle ne devrait pas le remplacer.
Ressentir pour mieux réguler
Mais percevoir une sensation ne nous dit pas encore ce que nous devons en faire.
Une respiration qui s’accélère, des muscles qui chauffent ou des jambes qui deviennent lourdes peuvent simplement accompagner l’augmentation de l’effort. À l’inverse, une douleur inhabituelle, une gêne qui s’accentue ou une sensation de vertige peuvent signaler qu’il est préférable de ralentir, de modifier un mouvement ou de s’arrêter.
Ressentir ne signifie donc pas obéir à chacune de ses sensations. Il faut apprendre à les interpréter.
La perception de l’effort est justement une information intéressante. Elle correspond à la manière dont nous ressentons subjectivement l’intensité d’un exercice. Pour l’évaluer, le chercheur Gunnar Borg a développé différentes échelles de perception de l’effort. Dans sa version simplifiée, l’intensité ressentie peut être évaluée sur une échelle allant de 0 à 10, de l’absence d’effort à un effort maximal. Deux personnes réalisant le même exercice peuvent ainsi lui attribuer une intensité différente. Et pour une même personne, un effort identique peut être perçu différemment selon son état de fatigue, sa récupération ou les conditions dans lesquelles elle s’entraîne.
C’est précisément l’intérêt du ressenti : il apporte une information que la seule mesure extérieure de l’exercice ne peut pas toujours donner.
En observant régulièrement nos sensations et en les mettant en relation avec l’effort réalisé, nous apprenons progressivement à mieux distinguer une tension inutile, l’inconfort normal de l’effort, la fatigue ou un signal inhabituel.
Faites l’expérience
Lors de votre prochaine séance, faites une expérience simple. À plusieurs moments, ramenez volontairement votre attention vers votre corps.
Comment respirez-vous ? Où ressentez-vous l’effort ? Êtes-vous crispé quelque part ? Vos mouvements sont-ils toujours aussi fluides ? Votre niveau d’énergie a-t-il changé ?
Et même, osez vous passer de votre montre, de votre téléphone ou de vos écouteurs pendant certaines séances.
Sans allure affichée, sans fréquence cardiaque, sans musique ni podcast pour occuper votre attention, que percevez-vous ? Pouvez-vous estimer votre niveau d’effort ? Percevoir les changements de votre respiration ? Repérer une tension avant qu’elle ne devienne gênante ?
Nous n’avons jamais disposé d’autant de données sur notre corps. Mais vous êtes aussi capable de ressentir, d’observer et d’apprendre à reconnaître ce qui se passe en vous. Cette capacité vous appartient. Elle n’a besoin ni d’être rechargée ni d’être connectée à Internet. Elle est 100 % à votre disposition. Et plus vous l’utilisez, plus vous apprenez à vous en servir.
Prochain article : A table, qui décide ?
Juliane Leclair - Coach SportMetaZen®,
la Signature corporelle de Stratégie de la Réussite®
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